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Décret BACS : obligations et implications pour le bâtiment tertiaire

Publié le 2026-08-12

Le décret BACS (Building Automation and Control Systems), publié en juillet 2020, transpose en droit français la directive européenne 2018/844 relative à la performance énergétique des bâtiments. Ce texte impose des exigences spécifiques en matière de systèmes d’automatisation et de contrôle pour les bâtiments tertiaires, avec des implications directes pour les auditeurs énergétiques et les gestionnaires de patrimoine immobilier. Voici une analyse détaillée de ses obligations, de son périmètre d’application et des bonnes pratiques à adopter pour s’y conformer.

Qu’est-ce que le décret BACS et à qui s’applique-t-il ?

Le décret BACS, ou décret n°2020-887 du 20 juillet 2020, vise à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments tertiaires en imposant l’installation ou la mise à niveau de systèmes d’automatisation et de contrôle. Ces systèmes permettent une gestion centralisée et intelligente des équipements techniques (chauffage, climatisation, ventilation, éclairage, etc.), avec pour objectif de réduire les consommations d’énergie tout en maintenant le confort des occupants.

Périmètre d’application

Le décret s’applique aux bâtiments tertiaires existants ou neufs dont la puissance nominale des systèmes techniques dépasse certains seuils : - Chauffage ou climatisation : installations d’une puissance supérieure à 290 kW. - Ventilation : installations d’une puissance supérieure à 70 kW.

Ces seuils concernent les bâtiments ou parties de bâtiments à usage tertiaire, qu’ils soient publics ou privés. Sont exclus les bâtiments résidentiels, industriels ou agricoles, ainsi que les bâtiments classés monuments historiques ou soumis à des contraintes architecturales spécifiques.

Le décret distingue deux catégories de bâtiments : 1. Les bâtiments neufs : les systèmes BACS doivent être installés dès la construction, conformément aux exigences de la réglementation thermique en vigueur (RE 2020). 2. Les bâtiments existants : les propriétaires ou exploitants doivent mettre en conformité leurs installations avant le 1er janvier 2025 pour les systèmes de chauffage, climatisation et ventilation d’une puissance supérieure à 290 kW, et avant le 1er janvier 2027 pour ceux dont la puissance est comprise entre 70 kW et 290 kW.

Exceptions et dérogations

Certaines situations permettent d’obtenir une dérogation à l’obligation d’installation d’un système BACS : - Impossibilité technique : si l’installation d’un système BACS est jugée techniquement impossible ou disproportionnée par rapport aux gains énergétiques attendus. - Coût excessif : si le coût des travaux dépasse les économies d’énergie réalisables sur une période de 10 ans. - Bâtiments à usage intermittent : si le bâtiment est utilisé moins de 2 000 heures par an.

Pour bénéficier d’une dérogation, une étude technique et financière doit être réalisée et transmise aux services compétents (DREAL ou DDT selon les cas).

Les obligations concrètes pour les bâtiments tertiaires

Le décret BACS impose plusieurs exigences fonctionnelles aux systèmes d’automatisation et de contrôle. Ces obligations sont détaillées dans l’annexe du décret et visent à garantir une gestion optimisée des équipements techniques.

Fonctionnalités minimales des systèmes BACS

Un système BACS conforme doit permettre : - Le suivi en temps réel des consommations d’énergie par usage (chauffage, climatisation, éclairage, etc.). - La détection des dérives : le système doit alerter en cas de consommation anormale ou de dysfonctionnement des équipements. - La régulation automatique des équipements en fonction des besoins réels (occupation, conditions météorologiques, etc.). - L’optimisation des plages de fonctionnement : par exemple, la réduction des consommations en dehors des heures d’occupation. - La compatibilité avec les outils de supervision : le système doit pouvoir être intégré à une plateforme de gestion technique du bâtiment (GTB) ou à un outil de monitoring énergétique.

Niveaux de performance et normes de référence

Le décret s’appuie sur des normes européennes pour définir les exigences techniques des systèmes BACS. La norme EN ISO 52120-1 (anciennement EN 15232) classe les bâtiments en quatre niveaux de performance, du niveau D (peu performant) au niveau A (très performant). Le décret BACS impose au minimum un niveau C pour les bâtiments concernés, ce qui correspond à une gestion centralisée avec des fonctions d’optimisation énergétique.

Pour les auditeurs énergétiques, cette classification est un outil précieux pour évaluer le niveau de maturité des installations existantes et proposer des solutions adaptées.

Rôle de l’auditeur énergétique dans la mise en conformité BACS

Les auditeurs énergétiques jouent un rôle clé dans l’accompagnement des propriétaires et exploitants de bâtiments tertiaires pour se conformer au décret BACS. Leur intervention peut se structurer en plusieurs étapes.

1. Diagnostic initial

La première étape consiste à réaliser un diagnostic technique pour évaluer l’état des installations existantes et leur conformité aux exigences du décret. Ce diagnostic doit inclure : - Une analyse des équipements techniques (chauffage, climatisation, ventilation) et de leur puissance nominale. - Une évaluation du niveau de performance des systèmes de contrôle et d’automatisation en place (selon la norme EN ISO 52120-1). - Une identification des écarts par rapport aux obligations du décret BACS.

2. Proposition de solutions techniques

Sur la base du diagnostic, l’auditeur énergétique peut proposer des solutions pour mettre en conformité les installations. Ces solutions peuvent inclure : - L’installation d’un système BACS : choix d’une solution adaptée aux besoins du bâtiment et aux contraintes techniques. - La mise à niveau des systèmes existants : ajout de fonctionnalités d’optimisation ou de monitoring pour atteindre le niveau C de la norme EN ISO 52120-1. - L’intégration avec d’autres outils : par exemple, un logiciel de suivi des consommations ou une plateforme de GTB.

Dans cette phase, il est essentiel de privilégier des solutions interopérables et évolutives, afin de faciliter les mises à jour futures et l’intégration de nouvelles technologies.

3. Chiffrage et plan d’actions

L’auditeur énergétique doit également fournir une estimation des coûts des travaux et des économies d’énergie potentielles. Cette analyse coûts-bénéfices est cruciale pour convaincre les décideurs et, le cas échéant, justifier une demande de dérogation.

Un plan d’actions détaillé doit être proposé, incluant : - Un calendrier de mise en œuvre. - Les responsabilités des différents acteurs (propriétaire, exploitant, prestataires techniques). - Les indicateurs de suivi pour mesurer l’efficacité des actions mises en place.

4. Suivi et optimisation post-installation

Une fois le système BACS installé, l’auditeur énergétique peut accompagner le maître d’ouvrage dans le suivi des performances et l’optimisation continue des consommations. Cela passe par : - La vérification régulière des données de consommation. - L’ajustement des paramètres de régulation en fonction des retours terrain. - La formation des exploitants pour une utilisation optimale du système.

Bonnes pratiques pour les auditeurs énergétiques

Pour accompagner efficacement leurs clients dans la mise en conformité BACS, les auditeurs énergétiques peuvent s’appuyer sur plusieurs bonnes pratiques.

S’appuyer sur des outils adaptés

La complexité des données à analyser et des rapports à produire nécessite des outils performants. Certains logiciels, comme ceux proposés par des éditeurs spécialisés, permettent de générer automatiquement des rapports conformes à la norme NF EN 16247 et d’intégrer des fonctionnalités de suivi des consommations. Ces outils facilitent également la collaboration entre les différents acteurs d’un projet, notamment dans le cadre d’un mode cabinet multi-auditeurs.

Anticiper les évolutions réglementaires

Le décret BACS s’inscrit dans un cadre réglementaire plus large, notamment le décret tertiaire (décret n°2019-771 du 23 juillet 2019), qui impose une réduction progressive des consommations d’énergie dans les bâtiments tertiaires. Les auditeurs énergétiques doivent donc intégrer ces deux textes dans leur analyse et proposer des solutions qui répondent aux deux enjeux.

Former et sensibiliser les acteurs

La réussite d’un projet BACS dépend en grande partie de l’adhésion des exploitants et des occupants du bâtiment. Les auditeurs énergétiques ont un rôle à jouer dans la formation et la sensibilisation de ces acteurs, en expliquant les bénéfices des systèmes BACS et en les accompagnant dans leur utilisation au quotidien.

Documenter et tracer les actions

Pour garantir la transparence et faciliter les contrôles, il est essentiel de documenter toutes les étapes du projet : diagnostics, propositions techniques, décisions prises, etc. Cette traçabilité est également utile en cas de demande de dérogation ou de vérification par les autorités compétentes.

Questions fréquentes sur le décret BACS

Qui est concerné par le décret BACS ?

Le décret BACS s’applique à tous les bâtiments tertiaires, publics ou privés, dont les systèmes de chauffage, climatisation ou ventilation dépassent les seuils de puissance fixés (voir ci-dessous) — bureaux, commerces, hôtels, établissements de santé, bâtiments d’enseignement, etc. Sont exclus les bâtiments résidentiels, industriels ou agricoles, ainsi que les monuments historiques ou les bâtiments soumis à des contraintes architecturales spécifiques. Une dérogation reste possible en cas d’impossibilité technique, de coût excessif ou d’usage intermittent (moins de 2 000 heures par an).

Quels sont les seuils de puissance du décret BACS (70 kW et 290 kW) ?

Le décret fixe deux seuils selon la puissance nominale des installations : 290 kW pour le chauffage et la climatisation, 70 kW pour la ventilation. Au-delà de ces seuils, l’installation d’un système BACS devient obligatoire. Les échéances de mise en conformité pour les bâtiments existants diffèrent selon la puissance : 1er janvier 2025 pour les installations supérieures à 290 kW, 1er janvier 2027 pour celles comprises entre 70 kW et 290 kW.

Le décret BACS impose-t-il le comptage énergétique ?

Le décret n’impose pas de comptage indépendant en tant que tel, mais il exige que le système BACS permette le suivi en temps réel des consommations d’énergie par usage (chauffage, climatisation, éclairage, etc.) et la détection des dérives de consommation. Dans la pratique, cela implique donc une forme de comptage ou de sous-comptage énergétique intégré au système de gestion technique du bâtiment (GTB), condition nécessaire pour atteindre le niveau de performance C exigé par la norme EN ISO 52120-1.

Le décret BACS s’applique-t-il aux hôtels ?

Oui. Un hôtel est un bâtiment à usage tertiaire comme un autre au regard du décret BACS : il est concerné dès lors que la puissance de ses installations de chauffage, climatisation ou ventilation dépasse les seuils de 290 kW ou 70 kW — ce qui est fréquent pour des établissements de taille moyenne à grande (climatisation centralisée, ventilation des parties communes et des chambres). Les exclusions du décret (résidentiel, industriel, agricole, monuments historiques) ne couvrent pas le secteur hôtelier.

Conclusion

Le décret BACS représente une opportunité pour les bâtiments tertiaires de moderniser leurs installations et de réduire significativement leurs consommations d’énergie. Pour les auditeurs énergétiques, ce texte implique une montée en compétences sur les systèmes d’automatisation et de contrôle, ainsi qu’une approche globale intégrant les enjeux techniques, réglementaires et financiers.

En adoptant une méthodologie rigoureuse et en s’appuyant sur des outils adaptés, les professionnels de l’audit énergétique peuvent accompagner efficacement leurs clients vers la conformité, tout en valorisant leur expertise. La clé du succès réside dans une collaboration étroite entre tous les acteurs du projet, de la phase de diagnostic à l’optimisation continue des performances énergétiques.

Pour aller plus loin, les auditeurs peuvent consulter les textes officiels du décret BACS et les normes associées, ou se former aux dernières évolutions des systèmes de gestion technique des bâtiments.